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2017
Mise à jour : 22 janvier 2017
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2017
Photographier les graffitis
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Voilà plusieurs années que je photographie des graffitis et je voudrais ici dire quelques mots sur ma pratique.

Comment aborder le graffiti ?

C’est à l’occasion de l’exposition « RétroActif » sur le street art organisée par l’Espace Art et Liberté de Charenton en 2014 qu’est né mon engouement pour le graffiti et mon envie de le traiter comme une œuvre d’art.

Je suis venu au graffiti par l’art. J’avais l’habitude de photographier des tableaux dans des expositions. J’ai donc transposé mes techniques mises au point pour les peintures dans la photographie de graffitis. C’est-à-dire que je cherche à isoler le graffiti de son environnement, comme j’isole une peinture de son cadre ou du mur de la galerie où elle est exposée.

Parfois le cadre fait partie de l’œuvre. Parfois aussi il est nécessaire de montrer la peinture telle qu’elle a été exposée dans la galerie, son « accrochage ». Pour le graffiti, j’adopte la même approche : je souhaite que le regard du visiteur de mon site de photos se concentre sur l’œuvre elle-même, c’est pourquoi, je recadre mes photos aux dimensions du graffiti pour que l’œil ne soit pas distrait par l’environnement dans lequel il a été réalisé.

Le graffiti dans son contexte. L’œil est parfois distrait par l’environnement.

Recadrage de l’œuvre pour l’apprécier sans perturbation.

J’ai d’autres bonnes raisons à procéder ainsi :

- d’abord, la plupart du temps, les graffitis sont réalisés dans des endroits peu sympathiques, des décharges, des friches, des usines désaffectées, des parkings, des sous-sols, etc.

- ensuite parce que si l’œil, en direct, arrive assez bien à faire abstraction de l’environnement pour ne regarder que l’œuvre, sur une photographie, c’est différent, l’environnement est très présent, au même niveau que le graffiti et c’est gênant.

Certains photographes, pour cette raison, adoptent différentes solutions, comme par exemple convertir en noir-et-blanc l’environnement du graffiti et ne laisser en couleurs que celui-ci. Cela donne souvent de très belles images. Ou alors ils floutent ou assombrissent l’environnement du graffiti pour l’isoler.

Techniques pour mettre en valeur le graffiti

Technique N°1 : On estompe légèrement l’environnement du graffiti.

Technique n°2 : On traite en noir-et-blanc l’environnement du graffiti.

Technique n°3 : On recadre la photo sur le graffiti lui-même en éliminant l’environnement.

Personnellement, je recadre la photo pour qu’on ne voie que le graffiti. Ainsi l’œil se concentre sur le graffiti lui-même et le voit comme le graffeur l’a imaginé et souvent dessiné sur son cahier, son « sketch ».

Cela présente un inconvénient : à l’écran, un petit graffiti prend autant d’importance qu’une grande fresque. C’est vrai. Cette technique ne rend pas compte de la surface réelle occupée par le graffiti. C’est la même chose en peinture. Qui n’a pas été déçu en découvrant la vraie taille de la Joconde ou de l’Angelus de Millet !

Pour compenser cet inconvénient, je m’efforce de fournir aussi une photographie du cadre général dans lequel le graffiti a été réalisé.

Pour donner une idée du volume occupé par un graffiti, je présente souvent le contexte du graffiti et l’œuvre elle-même, isolée.

La photo de l’œuvre isolée de son contexte permet de mieux en saisir la qualité.

Quel matériel utiliser ?

Il est indispensable d’utiliser un objectif grand-angle pour photographier du graffiti. Personnellement, j’utilise un zoom 10-24 mm.

Pour photographier des graffitis en intérieur, un grand-angle est indispensable.

10 mm est une bonne focale qui ne déforme pas trop. On peut descendre à 8 mm cela donnera de beaux effets. On peut utiliser aussi des objectifs fish-eye, notamment pour les graffitis dans des lieux clos, mais alors l’œuvre est très déformée. C’est pourquoi le 10 mm me paraît le compromis idéal.

Il faut savoir que le graffiti est souvent peint sur des murs dans des rues où se garent des voitures, ou dans des friches avec de la végétation. Pour éliminer ces parasites, il faut s’approcher le plus possible du graffiti, et pour garder malgré tout un champ large, le grand-angle est indispensable. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on photographie des graffitis dans des usines désaffectées ou des habitations en voie de démolition. L’exiguïté des pièces rend incontournable l’usage d’un grand-angle.

Le grand-angle permet d’approcher au maximum du graffiti pour minimiser la présence des voitures.

Si je participe à une séance de réalisation de graffitis avec des graffeurs, j’emporte aussi un téléobjectif qui va me permettre de saisir leur travail sans être trop près d’eux.

Le télé-objectif permet de saisir le travail des graffeurs sans être trop près d’eux.

J’ai aussi pris l’habitude d’emporter dans mes expéditions un petit appareil compact, le genre d’appareil discret d’amateur qui n’attire pas trop l’attention. Cela me permet de continuer à prendre des photos même si je me trouve dans un lieu qui ne me paraît pas très sûr.

Quand photographier les graffitis ?

Le soleil n’est pas l’ami du graffiti. Comme les œuvres sont souvent peintes sur des supports qui ont une certaine texture (des briques, du ciment, des rideaux de fer, des palissades), le soleil crée de fortes ombres qui mettent en relief le fond. Par ailleurs, certaines peintures sont réfléchissantes, et l’harmonie de l’ensemble s’en trouve modifiée. De plus, s’il y a de la végétation autour du graffiti, des ombres gênantes risquent de masquer des parties de l’œuvre. Donc, l’idéal est de photographier le graffiti par ciel voilé ou en contre-jour avec soleil haut dans le ciel.

Le plein soleil n’est pas favorable à la photo de graffitis. Il fait ressortir la matière du support et provoque parfois des ombres gênantes.

Sinon, il n’y a pas d’heure pour photographier un graffiti ! En revanche, il est parfois préférable de photographier des graffitis en hiver plutôt qu’en été où la végétation les masque en partie. Il faudrait parfois venir avec sa machette... mais c’est une autre affaire...

La végétation est parfois envahissante ! Surtout l’été !

Que faire si un artiste est en train de peindre quand vous arrivez sur le lieu ?

Si un graffeur est à l’œuvre quand vous arrivez sur un spot (ici les Frigos de Paris), il est impératif de lui demander l’autorisation de le photographier.

La moindre des politesses est de vous présenter et de lui demander si votre présence le dérange. Les graffeurs qui réalisent leurs œuvres en public se plaignent souvent que les gens les photographient sans leur en demander l’autorisation, un peu comme au zoo. Il faut savoir que même si cette forme d’expression est de plus en plus reconnue, certains graffitis sont réalisés sans autorisation de la personne propriétaire du support, donc illégalement et cela s’assimile à du vandalisme. Donc, en règle générale, les graffeurs n’aiment pas qu’on photographie leur visage. On les photographiera donc de dos, ou en floutant leur visage. Mais certains ont renoncé au « mode vandale » et acceptent d’être photographiés. Il faut donc leur demander leur position sur ce point.

La plupart des graffeurs préfèrent être photographiés de dos, sans qu’on voie leur visage. Ici Hoz à Douarnenez.

Photographie et graffiti font-ils bon ménage ?

Oui et non.

Par principe, le graffiti est l’art de l’éphémère ; la photographie, elle, inscrit l’œuvre dans la durée. Cela pourrait donc se présenter comme une association raisonnée. D’ailleurs, en général, certains graffeurs photographient leurs œuvres quand elles sont terminées. D’autres au contraire se moquent de garder une trace de leur travail. Ils puisent leur plaisir dans l’acte de peindre lui-même et non dans la contemplation du résultat. D’autres enfin « délèguent » la charge de la photographie de leur œuvre à un pote photographe.

Certains graffeurs photographient eux-mêmes leurs œuvres quand ils jugent leur travail terminé.

Mais la relation parfois se gâte.

Il y a des photographes qui n’hésitent pas à photographier des graffitis et à revendre leur photo. Or le droit de la propriété intellectuelle stipule que « L’auteur jouit du droit exclusif d’autoriser ou d’interdire la reproduction de son œuvre. ». Le graffiti est une œuvre, et elle est souvent signée. Donc, impossible de vendre une reproduction photographique de cette œuvre sans demander l’autorisation de son auteur. La plupart du temps, il n’est pas facile de remonter à la source de l’œuvre. Mais ce n’est pas une raison. Un auteur reste un auteur, même s’il n’est pas facilement accessible. Et le fait que l’œuvre soit publique et ait été réalisée gratuitement ne change rien à l’affaire. Il est donc strictement interdit de vendre une photographie de graffiti sans autorisation de l’auteur de l’œuvre. Idem pour la faire figurer dans un livre du commerce. Idem si on utilise des graffitis comme décor d’un tournage de vidéo ou d’un shooting de mode.

Le graffiti sert souvent de décor à des shootings ou des tournages de clips.

Cependant, si l’œuvre a été réalisée sans autorisation du propriétaire du mur, il est rare que l’auteur se manifeste. Mais ce n’est pas une raison. Certains graffeurs, qui réalisent des toiles, acceptent qu’on photographie leurs œuvres mais en plan large, in situ, dans la galerie, et non pas recadrées comme je le fais. Car ils craignent que le photographe ne réalise de grands tirages de son œuvre, du plus bel effet dans son salon ou dans celui d’un client, ce qui serait naturellement un manque à gagner pour l’auteur.

Miss.Tic n’autorise pas qu’on photographie ses œuvres « plein cadre », seulement dans l’ambiance d’une galerie.

Il est donc important, quand vous photographiez un graffeur à l’œuvre de bien lui préciser dans quel cadre vous agissez. Personnellement, je ne vends pas mes photos, elles font seulement l’objet d’une publication sur mon site de photos. La photographie de graffiti est pour moi une passion gratuite.

Les graffeurs réalisent souvent leurs œuvres dans des endroits qui ne sont pas publics. Elles ne sont vues que par d’autres graffeurs. Rien ne dit que le graffeur souhaite que l’on publie son œuvre, qui d’ailleurs peut ne pas être terminée. Il y en a aussi qui ne sont pas contents de leur travail et qui pensent que le prochain graffiti vaudra le coup d’être photographié... Tout ceci peut donc créer des tensions.

La relation avec les graffeurs est le plus souvent harmonieuse, comme ici avec MG La Bomba.

... ou ici à Brest, entre Christian Audrezet et Nazeem Moui.

Localiser les spots et identifier les œuvres.

Les graffeurs aiment bien trouver des lieux où ils peuvent peindre tranquillement. Il est donc préférable de ne pas révéler l’endroit où ont été prises les photos. Mais dans les cas où les graffitis sont réalisés dans des rues passantes, il n’y a pas de raison de ne pas localiser, au contraire, il faut encourager le public à aller voir les œuvres... Là encore, tout dépend si le graffiti a été réalisé avec l’autorisation du propriétaire du support. Mais, d’une manière générale, moins on localise, mieux on se porte !

Il n’est pas interdit d’indiquer la localisation de graffitis créés dans la rue. Ici une fresque à Brest.

En revanche, il vaut mieux être discret sur les lieux désaffectés où sont réalisés des graffitis.

Il m’arrive aussi de donner des noms fantaisistes à des spots de ma ville pour pouvoir en parler sans en dire trop. Ainsi j’ai baptisé « Le Jardin Extraordinaire », un très long mur où les graffeurs de la ville peignent en toute tranquillité.

L’endroit où les graffeurs de Meaux viennent peindre est si surprenant que je l’ai baptisé ’Le Jardin Extraordinaire’ !

J’ai aussi baptisé « La Chocolaterie » une vieille usine désaffectée, qui n’était sans doute pas une chocolaterie, mais qui, avec ses grandes cuves, et ses graffitis colorés comme des friandises, m’a fait penser à cela !

J’ai baptisé cette usine désaffectée ’La Chocolaterie’ à cause de ses cuves et de ses graffitis aux couleurs de friandises.

Les graffeurs ont fini par adopter eux-mêmes ces noms de baptême !

Il est conseillé d’adopter pour l’exploration des graffitis la même conduite que pour l’exploration urbaine en général, ce qu’on appelle l’URBEX, c’est-à-dire de ne jamais révéler les lieux que l’on a découverts. D’abord parce que pénétrer dans des lieux privés, même abandonnés, est interdit [1], ensuite pour préserver la tranquillité des graffeurs qui ne veulent pas que le spot qu’ils ont découvert devienne trop fréquenté ou soit pollué.

C’est la raison pour laquelle, quand je ne souhaite pas qu’on puisse identifier un de ces lieux, je montre les graffitis à l’intérieur, mais je ne prends pas de photos de l’extérieur du bâtiment, ou des entrées.

C’est la même chose pour l’identification. Les graffitis sont souvent signés par un « tag », et très souvent, le graffiti lui-même est un lettrage qui reproduit le « blaze » du graffeur. Dans ce cas, l’identification va de soi. Elle est visible sur la photo elle-même. Mais dans beaucoup de cas, l’identification pose problème, car les graffeurs font souvent partie de « crew », d’équipe, et ont l’habitude de « dédier » leur œuvre à des amis. Du coup, par prudence, je n’identifie pas les auteurs, sauf cas particuliers. C’est encore plus vrai sur Facebook où les graffeurs ont un nom sur leur profil qui n’est pas forcément celui qu’ils utilisent pour signer. Bref, s’abstenir évite les problèmes, et les mauvaises attributions. Sur Facebook, je laisse les graffeurs eux-mêmes s’identifier sur les publications.

Certains graffeurs œuvrent en mode « vandale ». Ni localisation ni identification ne sont souhaitables !

Comment pratiquer la « chasse » aux graffitis ?

En général, j’explore des lieux qui m’ont été signalés par d’autres passionnés de photographie de graffitis, soit par des graffeurs. La réciproque est vraie, d’ailleurs. Il m’arrive de signaler des spots à des graffeurs intéressés par le lieu que je montre et que j’ai tenu secret. Le signalement doit naturellement se faire en privé et seulement avec des personnes de confiance, essentiellement les graffeurs.

La quête du graffiti conduit dans des endroits étonnants (ici une caserne de pompiers) et à de belles rencontres.

Ce sont souvent des passionnés de graffitis comme moi qui me font découvrir les spots, comme ici Christian Audrezet de Brest. Ils pratiquent régulièrement le footing ce qui leur permet de voir beaucoup de choses et de s’arrêter facilement pour les prendre en photo.

En fait, un graffeur m’a dit un jour que si je me mettais à explorer les « spots » des graffeurs, je devais adopter les mêmes comportements qu’eux. Il n’avait pas tort ! Donc, il faut une bonne paire de chaussures. J’ai toujours une paire de bottes dans le coffre de ma voiture. Et prévoir une autre paire de chaussures si l’on doit aller dîner chez des amis après une exploration. Il m’est arrivé de passer des heures à nettoyer mes chaussures pour être présentable à un dîner !

Prévoir aussi une protection contre la pluie pour l’appareil photo. Il m’est arrivé de photographier avec un parapluie, mais ce n’est pas l’idéal. Depuis je me suis équipé d’une petite housse et c’est quand même beaucoup plus pratique.

Une housse est bien pratique pour protéger l’appareil photo en cas de pluie.

Sur cette photo de Christian Audrezet, je ne joue pas les vandales je me protège de la pluie brestoise !

L’idéal est aussi de s’équiper d’une échelle télescopique. Les graffeurs en utilisent pour graffer de hauts murs. Elle peut être utile pour escalader un mur et entrer dans un endroit sans autre accès.

Un peu de matériel est parfois nécessaire pour explorer certains spots de graffitis.

En général, si les graffeurs ont investi un lieu, il doit y avoir un accès. Il peut être assez caché. Il faut donc chercher, fouiner, trouver le trou dans le grillage, la porte qui paraît fermée mais qui s’ouvre, tournicoter autour du lieu et se mettre dans la peau d’un graffeur.

Sur un spot, il faut trouver l’endroit par où les graffeurs passent... et faire de même...

Quand l’accès à un lieu est un peu compliqué (tout le monde n’a pas vingt ans !) il vaut mieux être accompagné. Même si les graffeurs sont en général des êtres pacifiques et plutôt ouverts, il peut aussi arriver de tomber sur des individus moins sympathiques, qui se réunissent dans ces endroits bien cachés pour se livrer à des activités moins artistiques. Si vous arrivez avec votre appareil photo, cela peut chauffer. En plus, si vous avez votre matériel avec vous, il est plus aisé de se faire aider pour escalader des murs, traverser des endroits difficiles, etc. Les graffeurs eux-mêmes viennent souvent à plusieurs sur les spots.

Compte tenu de mon âge, il m’arrive de me faire des films : je me demande ce qui se passerait si, quand je me rends dans certains endroits pas faciles d’accès, j’avais une crise cardiaque. Aucun promeneur ne verrait mon corps, car personne ne se promène dans ces endroits. Immanquablement, c’est donc un graffeur qui me découvrirait inanimé au sol, se demandant ce qu’un « papy » fait là... Certains rêvent de mourir sur scène, est-ce que je rêve de mourir sur un spot ? Pas à ce point quand même !

Photographier des graffitis, est-ce dangereux ?

Berge du canal à Saint-Denis avec la police montée au loin.

Sur la photo ci-dessus prise au canal à Saint-Denis, on voit au loin deux agents de police montée. Quand ils sont arrivés à ma hauteur ils m’ont demandé en me voyant marcher hardiment le long du canal avec mon appareil si je connaissais bien l’endroit où j’étais. J’ai bredouillé un « Oui...Euh... Non ». Ils m’ont prévenu que des SDF très alcoolisés se tenaient un peu plus loin... Et ils m’ont vivement conseillé de cacher mon appareil. Bon, j’ai appelé un ami et j’ai continué ma route en lui parlant. Je suis passé à la hauteur d’un petit groupe d’hommes pas très engageants. J’avais toujours mon ami au téléphone, au cas où. Les SDF ne m’ont rien fait. Malheureusement l’un d’eux urinait sur un magnifique graffiti et je n’ai pas osé le photographier. Pas pousser quand même. Je suis rentré bredouille mais indemne.

La « chasse » au graffiti entraîne parfois dans de drôles de quartiers où il vaut mieux ne pas exhiber un trop gros matériel. Mais en tout cas, dans certaines lieux, comme des cités, il est préférable montrer l’appareil (le compact) pour que les dealers vous identifient comme un inoffensif photographe et non comme un policier... Il ne faut quand même pas trop s’attarder...

Fresque recomposée à partir de 3 photos, dont celle de gauche a été prise devant un groupe d’hommes semblant monter un coup à l’abri des regards.

La photo ci-dessus a été obtenue par montage de trois photos. Je savais qu’un groupe d’hommes étaient en train de discuter ferme derrière le bâtiment. Je savais aussi que pour photographier la partie la plus à gauche, je devais obligatoirement me montrer. J’ai donc commencé par photographier la partie droite et le centre. Puis, très vite, sans regarder les hommes qui discutaient, j’ai pris la photo de la partie gauche et je me suis vite remis à couvert.

Mais bon, en général, ça se passe bien. Je me suis baladé une après-midi entière avec mon gros appareil dans les rues de Saint-Ouen, du côté des Puces, sans qu’il ne se passe rien.

Hangar où se livrent des batailles de paintball.

Ci-dessus une usine désaffectée dans le Loiret que j’ai visitée pour photographier des graffitis à l’intérieur. J’entendais de drôles bruits secs et on m’a expliqué que des jeunes jouaient au paintball dans ce lieu. Heureusement, dans un autre hangar...! Les balles ne sont pas passées loin...!

Bref, cela ne ressemble pas du tout à la photographie de peintures dans les galeries !

Comment procéder une fois sur le spot ?

Quand j’arrive sur un spot, je commence par photographier l’endroit dans son ensemble. Même si la photo n’est pas publiée, elle me permet de me repérer, surtout si j’explore plusieurs sites dans la journée. En ville, je photographie le nom de la rue, pour m’y retrouver. Personnellement, je ne m’attarde pas trop dans les spots. Je réalise mes photographies assez rapidement. En fait, j’examinerai le graffiti plus en détail sur l’écran de mon ordinateur.

La principale difficulté de la photo de graffiti est que très souvent les graffeurs réalisent des œuvres qui s’enchaînent ou se combinent. Ils réalisent ainsi des graffitis très larges. Dans ce cas, je réalise une photo d’ensemble, puis je photographie chaque partie. Il n’est pas toujours facile de savoir quand commence un graffiti et quand il se termine, les enchaînements sont parfois subtils. L’important est de tout photographier avec des zones de recouvrement d’une photo à l’autre et de traiter la question ensuite en post-production.

Sur les photos prises ci-dessous prises à Brest, j’ai d’abord réalisé une vue d’ensemble, puis tenté de décomposer la fresque en éléments cohérents. Pour moi, la photographie de graffitis ne peut pas consister à photographier des murs de loin. C’est bien de montrer l’œuvre dans son contexte, mais aussi de permettre une approche de la création.

La photo d’ensemble est suivie d’une série de photos décomposant la fresque avec des chevauchements pour mieux comprendre l’enchaînement des thèmes.

Il m’arrive parfois aussi de photographier des détails de l’œuvre, pour montrer la finesse du travail, comme ci-dessous pour une fresque à Brest :

Un exemple d’une immense fresque couvrant deux murs d’une ancienne concession automobile à Villejuif. J’ai photographié chaque partie puis j’ai « rabouté » les photos. Bien qu’à angle droit, les deux murs ont été peint en continuité si bien que la fresque est très large.

La très grande fresque reconstituée d’après des photos de chacune des parties.

L’autre difficulté, c’est le recul. Parfois à cause de la végétation ou des voitures, il est difficile de photographier un graffiti dans son intégralité, même avec un grand-angle. Je recours alors, selon le cas, à deux techniques. Je réalise deux photos du graffiti, une de la partie droite et une de la partie gauche, que je recollerai en post-production.

L’autre technique est de photographier le graffiti dans son intégralité, mais légèrement en biais puis de le redresser en post-production. Il m’est aussi arrivé de photographier un graffiti avec une voiture devant puis de photographier ce qu’il y avait devant la voiture et de coller cette « pastille » sur le plan d’ensemble (voir ci-dessous).

Technique n°1 - Le crocodile de Lambézellec à Brest

Je voulais photographier ce beau graffiti de la brasserie de Lambézellec à Brest, mais de la végétation était devant m’empêchant de le prendre en entier. J’ai donc pris des photos de la partie gauche et de la partie droite au plus près, en évitant la végétation puis j’ai recollé les deux parties.

Technique n°2 - La panneau publicitaire

De la végétation cachait un graffiti publicitaire. Je l’ai donc photographié de biais pour éviter la végétation, puis j’ai redressé horizontalement l’image. Pour compenser le manque de netteté de la partie redressée à droite, j’ai collé dessus une partie de l’image de face.

Technique n°3 - La camionnette disparaît

Je voulais photographier la fresque peinte sur un gymnase de Brest. J’ai d’abord photographié les 3 parties : la gauche, le centre et la droite et je les ai « raboutées » pour reconstituer la façade complète. Jusque-là, rien de sorcier. Mais sur la partie droite, une camionnette cachait un bout de la fresque. J’ai photographié ce qu’il y avait derrière cette camionnette, puis j’ai fait disparaître le véhicule et j’ai collé en le redressant le dessin qui était derrière. De loin, on n’y voit que du feu !

Mais dans certains cas, pas le choix, il faut revenir le lendemain pour faire une photo propre !

Un scooter bouche une partie du graffiti. Je suis obligé de revenir le lendemain.

L’important, quand la prise de vue est délicate, est de prendre le maximum de photos du graffiti de tous les points de vue pour pouvoir ensuite en post-production utiliser l’un ou l’autre cliché.

Comme je procède assez vite, j’avoue ne pas retenir tous les graffitis que je vois. Pour éviter d’en oublier, je procède méthodiquement. Je ne vais pas d’un endroit à l’autre, je photographie les graffitis les uns après les autres. Ensuite, il m’arrive de ranger l’appareil et d’aller revoir les graffitis qui m’ont marqué.

Comme je l’ai expliqué, je me concentre sur l’œuvre elle-même, en l’isolant de son contexte. Mais parfois le contexte s’intègre à l’œuvre, ou on ne comprend pas bien une œuvre si on ne montre pas l’ensemble du lieu. Parfois, le graffiti a été réalisé dans des conditions acrobatiques et il est bon de montrer l’environnement pour révéler l’exploit. Pour chaque graffiti il faut donc se demander : comment le mettre le mieux en valeur ?

La question du tri se pose. Même si le numérique permet de prendre beaucoup de photographies, il faut penser au travail en post-production et ne pas photographier des graffitis dont vous savez que vous ne les publierez pas. Mais souvent je me comporte comme un archiviste et je photographie tout, même si je n’exploite qu’une partie des photos prises !

Il n’est pas indigne de régler son appareil sur une vitesse et une ouverture automatiques. Le seul point qui mérite une attention particulière est la mise au point. Attention aux autofocus qui vont se caler sur la végétation et pas sur le mur derrière ! Si vous photographiez de biais un graffiti, recherchez la profondeur de champ maximale pour que toute la surface soit nette (donc, grande fermeture et petite vitesse).

Comme il n’est pas toujours facile de revenir dans un lieu qu’on a photographié, il est préférable, avant de partir, de visionner rapidement ses photographies et, le cas échéant, de refaire des prises de vue si la netteté ou l’angle ne sont pas bons. Il m’est arrivé aussi de refaire des photos parce qu’entre-temps, le soleil avait tourné et l’éclairage d’un graffiti était meilleur.

La post-production

Peinture d’Alex installée au-dessus d’un passage dans la galerie Art et Liberté de Charenton.

Correction des perspectives et recadrage en post-production.

La « chasse » aux graffitis et la prise de vue sur un spot apportent un très grand plaisir. Beaucoup de photographes s’arrêtent là et publient leurs photographies telles quelles. Personnellement, je me livre à un important travail de post-production, qui me prend plus de temps que la prise de vue elle-même, mais c’est pour moi le moment où je vais, en quelque sorte, sortir le graffiti de sa gangue et lui donner tout son éclat. Car franchement, la plupart des graffitis sont réalisés dans des lieux sordides. Pour rendre compte de leur beauté et du talent de leur auteur, je m’efforce de les isoler de leur contexte et de les présenter comme je présente les peintures d’une exposition. Je m’interdis toute modification des couleurs, mais il m’arrive de les rehausser pour compenser l’affadissement des couleurs sur place à cause de l’exposition au soleil ou les conditions de prise vue tristounette sous les nuages. Par principe, un graffiti est pour moi est jaillissement de couleur dans la grisaille des villes, c’est cela que je veux rendre.

Il est très rare que l’on parvienne à photographier de face un graffiti. Il y a toujours une « fuite », une perspective. J’utilise alors différents outils de Photoshop pour corriger cette perspective.

Prise de vue de la fresque en évitant la camionnette (sur la droite).

Fresque reconstituée sur Photoshop.

Une camionnette bouche la vue !

Dans les galeries, il faut parfois prendre l’œuvre de biais pour éviter le reflet d’un spot d’éclairage. Je redresse l’image en post-production. Mais je prends quand même une photo de l’œuvre de face pour avoir un témoin des proportions réelles de l’œuvre.

Certaines fonctions permettent de réduire la courbure de l’image due à l’usage d’un grand-angle, ou de redresser verticalement un bâtiment sur lequel figure une fresque, comme par exemple ci-dessous à Brest...

... ou encore de ramener de face un graffiti qui a été pris de biais. J’utilise ensuite un outil de transformation pour que le graffiti s’adapte parfaitement au cadre que j’ai tracé autour et que toutes les perspectives soient éliminées. Ainsi le graffiti apparaît plein cadre, tel qu’il a été imaginé par l’artiste.

Dans quelques cas de graffitis un peu anciens, il m’arrive de faire de la restauration ! Les murs se sont parfois craquelés, alors je comble les vides...

Graffiti ancien à Sevran un peu restauré.

Il arrive aussi que des petits malins aient mis des inscriptions sur le graffiti. Certaines ne sont pas très heureuses, alors je les retire.

Graffiti de Kwim avec une inscription que j’ai retirée sur Photoshop.

Je souhaite vraiment que l’œil soit uniquement préoccupé par la contemplation de l’œuvre, qu’il pénètre dans l’univers de l’artiste sans être distrait. Certes, cette démarche a ses limites, car le graffiti reste un art de rue, donc il est soumis à des pollutions visuelles, des voitures, des poubelles, des tableaux électriques, des bouches d’aération, des fils de toutes sortes, etc. Les graffeurs savent d’ailleurs jouer avec ces accidents de terrain, et je dois aussi en tenir compte.

Le travail le plus complexe est bien sûr de reconstituer une fresque dans son entier. La largeur des écrans d’ordinateur n’est pas adaptée aux œuvres très larges. Et ne parlons pas des téléphones portables ! C’est pourquoi je m’arrange pour proposer les deux versions : une version large et complète et une décomposition en deux ou trois morceaux, avec chevauchement pour que le visiteur comprenne l’enchaînement graphique.

Le recomposition d’un graffiti entier à partir de différentes photos de parties nécessite différents outils. Tout se joue en fait à la prise de vue où il faut s’efforcer de photographier les différentes parties à la même distance, avec les mêmes réglages, et en chevauchant au maximum (voir les exemples plus haut).

Faire disparaître des lampadaires et des arbres

Il arrive parfois qu’il soit impossible de photographier correctement une fresque, comme celle-ci réalisée à Ivry-sur-Seine, à cause de la présence de lampadaires ou d’arbres :

DSC01038

Il faut alors s’approcher pour éviter les obstacles et prendre des photos des différentes parties de la fresque :

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Puis avec Photoshop, on « raboute » les trois photos pour obtenir une vue générale de la fresque sans les obstacles :

DSC01030

Ce travail de recomposition est aussi très utile quand, faute de recul, je n’ai pu photographier un graffiti en entier. Cela me permet d’ajouter le bout manquant à droite ou à gauche de l’image principale. Cela permet aussi de compenser la présence de végétation ou de voitures devant un graffiti. On choisit pour chaque partie du graffiti l’angle qui offre la plus grande surface visible et on « raboute » le tout.

La post-production permet aussi de corriger l’exposition des graffitis. Des parties des œuvres sont parfois obscurcies par des éléments de l’architecture. Comme dans cet exemple d’une œuvre de MG La Bomba et Nico Avaatar à Vitry-sur-Seine :

La photo d’origine :

La photo finale :

L’important dans tous les cas est de disposer d’un appareil de qualité qui fournit une image avec plein de pixels, au mois 20 millions. De sorte que les déformations de l’image dues à la post-production soient à peine visibles.

La signature de la photo

J’ai pris l’habitude de mettre ma signature sur mes photos. Comme les graffeurs, j’appose mon « tag ». Mais deux cas se présentent. Soit le graffiti est cadré serré, comme une peinture, auquel cas j’estompe au maximum ma signature pour qu’elle ne gêne pas la lecture de l’œuvre. Soit il est pris dans une photo d’ensemble, et je n’estompe pas, ou peu, ma signature.

La photographie d’une œuvre picturale est-elle une photographie ?

La question peut se poser quand on procède comme moi, en recadrant la photographie aux dimensions de l’œuvre. On pourrait penser qu’il ne s’agit au fond que d’une reproduction sans véritable apport du photographe. En réalité, il n’en est rien. Comme je viens de l’expliquer, je réalise un important travail de post-production si bien que l’image finale est très loin de l’image brute enregistrée à la prise de vue. C’est donc bien un « regard » personnel que j’applique à cette œuvre. Même si ce regard se veut le plus fidèle possible à l’œuvre.

Mais il est vrai qu’en publiant ma photo, je cherche moins à montrer ma photo que l’œuvre qui est dessus. C’est un point important. Malgré tout le travail qui est derrière chaque photo, je considère qu’on doit d’abord regarder l’œuvre et penser (naïvement) que la photo a été prise « comme ça ». Autant dire que je m’efforce que mon travail soit le plus discret possible pour que le visiteur ne voie que l’œuvre.

En revanche, quand je photographie un site de graffitis sous un certain angle, quand je photographie des graffeurs à l’œuvre, quand je photographie un graffiti dans un contexte un peu particulier, etc. là, oui, ma photo n’est pas une simple reproduction d’œuvre d’art (même très travaillée), mais est une photo de photographe. Dans les séries que je publie sur mon site ou sur Facebook, je m’efforce de publier les deux types de photos. Des photos qui sont une sorte de reportage de mon exploration, et des reproductions des œuvres. Je ne cherche pas à épater la galerie en exploitant les œuvres d’autres artistes. Je souhaite juste utiliser la photographie pour partager ma passion avec le plus grand nombre et participer ainsi au vaste mouvement actuel de reconnaissance du graffiti comme art à part entière.

Photographier des graffitis est-ce que cela demande de la patience ?

Oui et non. La plupart du temps, on peut opérer tranquillement dès qu’on arrive sur un spot. Dans le cas d’une réalisation en direct, il faut attendre que le ou les graffeurs aient terminé leur travail. Cela peut prendre des heures. Alors, on revient le lendemain pour voir l’œuvre terminée.

Les 10 graffeurs participant à la décoration de 5 wagons de marchandises en gare d’Austerlitz ont fini tard au petit matin. Je les ai quittés vers 23 heures et je suis revenu le lendemain.

Il faut aussi attendre qu’une rue se vide, ou qu’une voiture daigne enfin se retirer... Ou que le soleil tourne, et parfois que la pluie cesse...

Pour photographier une fresque d’Hoz réalisée sur le rideau de fer d’une pharmacie, il m’a fallu attendre très longtemps que la pharmacie ferme ! Et pour comble de malchance, elle était de garde ce soir-là, si bien que le rideau de fer ne s’est pas fermé tout de suite.

Pharmacie de Quimper un soir de garde ! J’attends que le pharmacien baisse son rideau de fer !

Enfin, le pharmacien baisse son rideau et je découvre l’œuvre d’Hoz.

Vocabulaire du graffiti

Si vous voulez vous lancer dans la photographie de graffiti, mieux vaut connaître les mots de base de cette expression urbaine pour dialoguer avec les artistes.

Tag : C’est la signature de l’artiste, apposée sur le côté de son œuvre.
Graffiti : Terme italien désignant la création picturale : lettrage ou perso.
Lettrage : Composition artistique à base de lettres entremêlées représentant le « blaze » de l’artiste.
Blaze : Nom utilisé par l’artiste (en général le même que le tag) pour créer son lettrage.
Perso : Petit personnage (humain ou non) qui accompagne le lettrage, ou réalisé seul.
Sketch : Croquis du graffiti réalisé sur papier avant de créer l’œuvre.
Spot : Lieu où l’artiste peut graffer.
Spray : Bombe de peinture.
Cap : Diffuseur de la bombe. Il en existe plusieurs sortes selon la finesse souhaitée.
Toyer : Repasser sur un graffiti.
Graffeur : Artiste réalisant des œuvres picturales avec une prédilection pour les lieux urbains, les murs d’immeubles, d’usines désaffectées, de friches. Le terme anglais est Writer
Street artistes : Nom méprisant donné par les graffeurs aux artistes qui exposent dans les galeries.

Notes

[1] Ne serait-ce que pour des raisons de sécurité. Attention aux morceaux de verre, aux clous qui traînent, aux seringues oubliées, aux produits toxiques, aux morceaux de toit qui peuvent tomber !

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